Retraite de méditation Vipassana à Wat Suan Mokkh (Thaïlande)

Retraite de méditation Vipassana à Wat Suan Mokkh (Thaïlande)

Wat Suan Mokkh Retraite 7 Le vénérable Buddhadasa était un moine bouddhiste thaïlandais qui créa un monastère en pleine forêt, dans le sud de la Thaïlande, pour se rapprocher de l’enseignement originel du bouddha. En ce sens, il a intensément participé à l’expurgation des textes sanskrits et palis, et bénéficie d’une très grande notoriété. Il est l’un des maîtres les plus célèbres de Thaïlande, bien que très controversé à cause de son attitude critique vis à vis du bouddhisme établi.

Depuis 1983, des retraites de méditation en anglais sont organisées une fois par mois au monastère de Suan Mokkh, proche de la ville de Chaiya. La retraite dure 10 jours complets et débute le 1er de chaque mois. Les journées commencent à 4h du matin et se terminent à 21h, dans le silence. Les principales activités sont la méditation et l’écoute des enseignements du Dhamma. Cette retraite fût l’initiative du vénérable Buddhadasa, aujourd’hui décédé (1993).

 

Pourquoi méditer ?

Il est indispensable de développer « sati », c’est à dire l’attention vers ce qui se passe en nous et autour de nous, ici et maintenant, ainsi que la conscience dans laquelle nous nous trouvons. La méditation va donc nous aider à développer « sati » (l’attention) ainsi que les autres facteurs d’Eveil, comme l’investigation de la réalité, l’effort, le ravissement, la tranquillité, la concentration et l’équanimité.

L’enseignement de Suan Mokkh

Wat Suan Mokkh Retraite 1 Vue sur le parc du lieu de la retraite

La méditation enseignée à Suan Mokkh est celle qui fût enseignée par le Bouddha il y a plus de 2500 ans. La technique est divisée en 16 étapes, regroupées en 4 tétrades (ou groupes). Dans cet article, nous vous présentons uniquement les 4 premières étapes de la 1ère tétrade. Le travail nécessaire pour la réalisation des 4 premières étapes est déjà conséquent, c’est pour cela que nous ne développerons pas les 12 autres étapes. Tout d’abord, voici une description brève des 4 tétrades :

  • 1ère tétrade
    A ce niveau, la respiration s’affine en devenant de plus en plus subtile et calme, avec comme résultat le développement naturel de « Samàdhi » (tranquillité attentive).
  • 2ème tétrade
    Lors des 4 étapes, on examine et contemple les sensations « Vedanà » qui naissent d’un mental concentré, c’est à dire le ravissement « Piti » et le bonheur « Sukha ». De cette façon, on apprend à reconnaître ce qui donne naissance à la pensée, aux distractions, à l’agitation du mental etc. Au cours de cette tétrade, on commence donc à connaître ce qui conditionne le mental.
  • 3ème tétrade
    Au cours des 4 étapes suivantes, le mental et ses manifestations variées sont contemplées ou examinées spécifiquement. Le pratiquant apprend ainsi à reconnaître et à explorer les états du mental, pour devenir ensuite capable de le mettre dans l’état de son choix.
  • 4ème tétrade
    Les 4 dernières étapes examinent ou contemplent « l’impermanence ». C’est une question de sagesse « Panna » et non pas simplement une affaire de mental « Citta ». Sagesse et vision intuitives contemplent l’impermanence « Anicca » jusqu’à ce que le mental, las et détaché, atteigne le point de libération.

Wat Suan Mokkh Retraite 2 Vue sur le parc du lieu de la retraite

Les 4 étapes de la 1ère tétrade : établissement de l’attention sur la contemplation du corps « Kàyanupassanà – satipatthàna »

Cette tétrade traite de la respiration. La respiration est liée au corps et selon ses caractéristiques (calme ou agitée), elle influencera l’état du mental. Avec une respiration calme et paisible, on développe la concentration. Le résultat est la joie et le bonheur. Ce bonheur est le même genre de bonheur que l’on ressent dans le « Nibànna », mis à part qu’il est limité et impermanent.

1ère étape
Pendant cette étape, nous étudions la respiration longue jusqu’à la connaître (l’expérimenter) entièrement, de tous les points de vue et sous tous ses aspects. Qu’est-ce que la respiration longue ? Quand vous inspirez longuement, soyez conscients que vous inspirez longuement ; quand vous expirer longuement, soyez conscients que vous expirez longuement. Etudiez les inspirations et les expirations longues jusqu’à être complètement familiarisés avec elles. Comment sont-elles ? Comment la respiration longue apparaît ? Que provoque-t-elle ? Etudiez la respiration longue jusqu’à connaître pleinement la façon dont elle influence le corps.

2ème étape
Observez la respiration courte, pour voir sa nature, ses caractéristiques et sa manière d’influencer le corps. Diffère-t-elle de la respiration longue ? Comparez la respiration longue et la respiration courte entre elles. Parfois nous considérons la respiration comme étant longue. Comment est-elle ? Quels sont ses effets ? D’autres fois nous stipulons qu’elle est courte. Comment est-elle ? Quels sont les effets de la respiration courte ? Nous devons pratiquer jusqu’à connaître tout ce qu’il y a à savoir sur la respiration : la respiration elle-même, ses causes, ses effets et ses influences.

Pendant la pratique d’anapanasati, des pensées distrayantes vont apparaître. Il ne faut pas s’accrocher à elles, ni vouloir empêcher leur apparition. Laissez-les « être » un instant dans le mental puis s’en aller, tout en continuant à examiner la respiration. Ceci reste vrai pour la totalité des 16 étapes de la pratique.

3ème étape
Durant cette étape, nous observons comment les 2 types de respiration, longue et courte, sont connectées avec le corps physique. A cause de cette connexion, la respiration est appelée le « conditionneur » du corps (kàya-san khàra). Si la respiration est rude et grossière, le corps physique sera de la même façon rude et grossier, soit agité. Si la respiration est subtile et fine, le corps physique sera donc aussi subtil et fin, c’est à dire paisible et calme. Normalement, la respiration est longue et quand la respiration est longue, le corps est dans sa condition ou son état normal. La respiration est courte quand le corps n’est pas dans son état normal, comme par exemple, quand on est en colère ou fatigué. Quand le mental est dans un état anormal, la respiration sera courte et le corps sera aussi dans un état anormal.

Connaissez le secret du constant (presque constant) conditionnement du corps par la respiration. Ce secret qui est appelé « tous les corps » dans les écriture palies, est celui qu’on doit apprendre à connaître lors de la pratique de la 3ème étape. Connaissez tout au sujet des corps. La signification de « tous les corps » est le corps de la respiration ; conditionnant le corps physique de multiples façons. Nous devons les connaître tous les deux de façon à vraiment connaître « tous les corps ». Chacun possède plusieurs parties et se manifeste de nombreuses façons différentes. Observez chaque partie, chaque manifestation et vous comprendrez le corps de la respiration et le corps physique d’une manière détaillée. On découvre alors qu’ils sont réellement liés et qu’ils se conditionnent l’un l’autre. Si vous continuez la pratique de maintenir « sati » (l’attention) chaque fois que vous inspirez et que vous expirez, vous verrez alors comment le corps de la respiration conditionne réellement le corps physique.

4ème étape
Dans cette étape, la concentration (sàmàdhi) est établie, la fonction corporelle (la respiration) est rendue de plus en plus calme. A mesure que la respiration devient de plus en plus calme, le corps devient lui aussi de plus en plus calme et le mental devient plus concentré (sans qu’il y ait d’effort direct de notre part). Dans cette étape, il existe des techniques pour calmer la respiration. Ce sont des manipulations mécaniques de la respiration qui la rendront très fine. Il existe en tout 5 exercices.

1er exercice :
il s’agit de suivre de près la respiration tout en étant conscient de cette action. Courrez-lui après, pour ainsi dire. Etablissez « sati » (l’attention) pour suivre la respiration au moment de l’inspiration et de l’expiration, entre deux points situés l’un à l’intérieur et l’autre à l’extérieur du corps. Ces points sont purement imaginaires. Supposez que le point extérieur est à la pointe du nez et s’achève autour du nombril. L’expiration commence au nombril et s’achève à la pointe du nez. Ne vous occupez pas de la respiration ailleurs qu’à ces deux points et du trajet suivi par elle entre ces deux points. Le mental commence à connaître deux choses clairement : le point de départ et celui d’arrivée par l’inspiration et l’expiration. Asseyez-vous et contemplez la respiration de cette façon pendant un moment ; traquez la respiration comme si le mental lui courrait après. Pendant que nous respirons, l’attention est fixée sur la respiration qui se déplace de la pointe du nez au nombril. Pendant que nous expirons « sati » est fixé sur la respiration allant du nombril à la pointe du nez. Pour aider le mental à se fixer sur la respiration de cette façon, imaginez qu’il existe un tube qui va de la pointe du nez au nombril. Tandis que la respiration s’écoule dans les 2 sens le long du tube, le mental la suit le long du même trajet. Cette méthode est aussi une très bonne façon de lutter contre l’assoupissement. Si la respiration devient trop calme ou paisible, vous pouvez inspirez avec plus de force, et si le besoin est, assez fort pour provoquer un son audible. On suit ainsi la respiration plus facilement car l’intervention au sens de l’ouïe facilite le développement de « sati », et permet de lutter contre la torpeur et le sommeil.

2ème exercice :
observez la respiration pour la calmer, il s’agit d’un exercice de vigilance. Ici, nous ne courrons plus après la respiration, il n’y a plus qu’une observation minutieuse. Le meilleur endroit pour examiner la respiration se trouve dans les narines. Quand l’inspiration ou l’expiration entre en contact avec les narines, ne les suivez pas, soyez simplement attentif à ce point de contact si vous êtes soigneusement vigilant et observez l’inspiration et l’expiration, le mental n’aura aucune occasion d’aller s’égarer ailleurs.

Vous remarquerez qu’il y a de courts intervalles entre la fin de l’inspiration et le début de l’expiration. Il y aura donc beaucoup de courts intervalles pendant lesquels « sati » doit rester soigneusement établi à son poste, pour que le mental ne s’égare pas à la recherche d’une quelle qu’autre attraction. Si le 1er exercice de suivre la respiration a bien été pratiqué et développé, il sera alors plus difficile au mental de s’égarer.

Ici, à ce niveau de la pratique, vous devez arrêter de courir après la respiration. Observez  simplement et soigneusement les inspirations et expirations dans les narines comme un garde observant soigneusement les gens qui entrent et sortent à la porte de la cité. Si la respiration est grossière, sachez qu’elle est grossière ; si elle est subtile, sachez qu’elle est subtile. En inspirant, sachez que vous êtes en train d’inspirer ; en expirant, sachez que vous expirez.

3ème exercice :
on l’appelle « donner naissance à l’image mentale » (Nimitta). La « nimitta » est une image mentale qui ne peut être vue qu’avec l’œil du mental. Elle apparaîtra au point où l’on a établi notre observation attentive (sati), c’est à dire dans les narines ou à la pointe du nez. A ce stade de la pratique, l’observation devient si ferme et stable qu’une image apparaît. Elle peut ressembler à une étoile ou à quelque chose de ce genre et doit être prise maintenant comme l’objet de méditation, remplaçant le point où la respiration entrait en contact avec les narines. Cette « nimitta » qui apparaît est purement une image mentale. Elle peut ressembler à une pierre précieuse, à un petit Soleil ou à une petite lune ; elle peut être colorée ; elle peut ressembler à un nuage blanc, à une gatte de rosée, à une toile d’araignée étincelante au soleil… L’image mentale est semblable aux étoiles que l’on voit les yeux fermés.

Chacun « voit » des choses différentes, il n’y a pas de « nimitta » correcte et il n’y a rien de réel. Ce n’est qu’une image mentale, une image produite par le mental pendant la pratique de la méditation. Le mental crée cette image pour servir de point où fixer « sati », de façon à continuer la pratique. Son apparition signifie que la respiration et le corps sont devenus maintenant suffisamment raffinés et calmes. Si nous comparons l’état de quiétude du corps et la respiration pendant les 3 exercices de « suivre », « observer » et « donner naissance à l’image mentale », nous verrons que le corps et la respiration s’affinent de plus en plus à chaque stade. C’est la technique utilisée pour donner naissance à « l’uggaha-nimitta » (l’image mentale ou signe acquis).

4ème exercice :
Il est appelé « contrôle du signe acquis ». La « nimitta » est manipulée et transformée jusqu’à devenir des signes particuliers (patibhàya – nimitta). On se centre pour cela sur le signe acquis et qu’elle que soit son apparence, on le transforme à volonté, selon notre choix. Le mental, qui est maintenant très calme et subtile, provoque les changements de la « nimitta ». Elle change à chaque inspiration et à chaque expiration. Le mental du pratiquant change soigneusement et progressivement le signe acquis en le faisant flotter vers lui ou en l’éloignant ; en le faisant rétrécir ou s’agrandir ; en le faisant changer de couleur, de forme, d’emplacement, ou de n’importe quelle autre façon.

Jusqu’ici, nous avons les 4 exercices de « suivre », « observer », « donner naissance à l’image mentale » et « contrôler l’image mentale ». Si vous pouvez réaliser ces quatre exercices, cela veut dire que vous êtes capable de contrôler le mental, le corps et la respiration. Celui-ci influence à son tour le mental en le calmant. En d’autres mots, quand le mental est calme, le corps et la respiration sont calmes aussi. La seule chose qui nous reste à faire maintenant est de donner naissance à l’état d’Absorption « jhàna », qui constitue le dernier exercice.

5ème exercice :
Le développement du « jhàna » (absorption) s’accomplit à mesure que l’on devient adroit dans la manipulation de la « nimitta ». Le signe s’arrête alors de changer et devient immobile et très clair. A ce stade, tout est prêt pour le développement du « jhàna ». Jusqu’ici, la pratique a bien marché et le mental est adroit et agile dans la manipulation de la « nimitta ». Maintenant, les 5 facteurs de la 1ère absorption vont se manifester d’eux-mêmes : notation de l’objet « vitakka », expérimentation de l’objet « vicàra », ravissement « piti », bonheur « sukkha » et la fixation unifiée du mental en un seul point « cittekaggatà ».

Notant l’objet signifie que le mental est fermement et calmement fixé sur un seul objet, le signe particulier. Expérimentant l’objet veut dire que le mental connaît parfaitement le signe et s’imprègne de lui. Observer ceci. Ici, à cet instant précis, examinez soigneusement la sensation de ravissement « piti », le transport de satisfaction. Ce ravissement est libre de tout désir sensuel. Il est différent selon les personnes, fort pour certain et faible chez d’autres. En sentant le succès, nous sommes satisfaits ; c’est le ravissement. Maintenant, observer la sensation de bonheur « sukkha ». Il y a une joie intense et une sublime félicité ou béatitude qui est appelée bonheur. Ici aussi, expérimentez ce qu’est le mental recueilli en un seul point. Sans la moindre perturbation ou distraction, il est uniquement dirigé sur son signe. Ceci est la fixation unifiée du mental en un seul point « cittekaggatà ».

L’apparition simultanée de ces 5 facteurs est appelée la Première Absorption ou Premier « jhàna ». En elle, l’inspiration et l’expiration sont accompagnées de ces 5 facteurs. Réalisé la 1ère Absorption n’est pas facile car c’est un état exceptionnellement subtil. Si les distractions sont fréquentes, elle ne sera probablement pas atteinte, mais on ne sait jamais. Si vous avez l’opportunité de pratiquer, faite-le ! Pratiquez à l’abri des distractions, chez vous ou ailleurs. Si l’on est capable d’accéder au Premier « jhàna », c’est qu’on a réussi à calmer complètement la fonction corporelle (c’est à dire la respiration), en la rendant calme et paisible.

Wat Suan Mokkh Retraite 3 Hall de méditation

La 1ère étape en bref

Wat Suan Mokkh Retraite 6 Maintenant passons en revue la 1ère tétrade. La 1ère étape est de fixer « sati » sur les inspirations et les expirations longues jusqu’à ce qu’elles nous soient familières. La seconde étape est de connaître les inspirations et les expirations courtes de la même façon que les longues. La 3ème étape est d’expérimenter le fait que tous les genres de respirations conditionnent le corps et que tous lui sont connectés : respirations grossière et fine, calme et agitée… La 4ème étape est de commencer à régler et influencer la respiration pour la rendre de plus en plus calme et raffinée. On utilise pour cela les « exercices » de « suivre » et « observer ». Puis le signe acquis apparaît, pour être ensuite manipulé jusqu’à ce qu’il arrête de changer devenant ainsi le signe particulier. A ce stade, le mental sera prêt à établir les 5 facteurs d’Absorption. Voici donc tout ce qu’il faut savoir pour le moment sur la 1ère tétrade, appelée « kàyanupassanà – satipatthàna »

Les étapes comme les exercices doivent être pratiqués dans l’ordre. Une fois que la 1ère étape est pratiquée correctement et suffisamment, on peut passer à la suivante, et ainsi de suite. Pour les exercices de la 4ème étape, il faut procéder de la même manière.